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Des commencements…

ÉPISODES DE VACANCES SENTIMENTALES 20 avril 2009

Filed under: Nouvelle — irisevol @ 16 04 37 0437

Sept carnets, des feutres, de l’aquarelle, mon dictaphone et mon appareil photo avec l’espoir de créer dans chaque village où je déciderai de vivre.

À ma gauche, un jeune Québécois au chapeau beige avec l’attirail classique du voyageur – il pose le même regard sur moi – on aspire à se fondre dans le paysage, mais on figure sur la route avec notre allure d’étranger et de voleur romantique.

Assise entre deux hommes mexicains, écrire, dormir et par intermittence regarder au travers du hublot : un océan blanc immaculé.

Les yeux fermés, je me souviens des délicates hôtesses de la Malaysia air Line, tenues ravissantes et sourires d’anges.

Atterrissage réussi, au centre de la ville de Mexico ; vision spectaculaire d’un urbanisme chaotique et chatoyant de couleurs, je devine les enseignes des magasins, les rues à découvrir…

À l’aéroport de Mexico, les questions d’usage :

- Pourquoi êtes-vous ici ?

Tant de réponses à apprivoiser et à donner.

Je goûte des friandises locales dont les extraordinaires ARCOIRIS, séduite par les emballages “arc-en-ciel”, le sucre rose et bleu aux éclats de noix de coco.

Traverser la ville grouillante de D.F. (Districto Federal) en taxi : les marchés, les célébrations religieuses et mener une enquête anonyme avec l’aide de mon chauffeur. Les vendeurs circulent entre les voitures et des enfants déguisés en clowns mendient de l’argent aux stops, il distribue un peso par ici et par là, alors qu’il est moins fortuné que moi.

Chaque jour, je monte sur un toit admirer les montagnes, il y a un volcan en éveil et sur certains monts de la neige.

Les jeunes hommes m’initient aux différentes percussions et nous chantons de vieilles chansons d’amour, après une longue soirée de cuisine collective.

Mon apprentissage du slang mexicain progresse d’heure en heure, nous rions de ce que je répète.

Amoureuse des bougainvilliers qui me replongent dans mon enfance à Pointe-Noire au Congo. Ce voyage cristallise mon métissage, mes racines en Afrique et en Espagne.

Les regards sont d’une intensité et d’une chaleur qui manquent à Montréal.

Vacances sentimentales – cette semaine, je songe souvent à ces mots de Simone De Beauvoir :

“Je construirai une force où je me réfugierai à jamais.”

Petite recette délicieuse, savourée régulièrement avec Mario le père d’un ami : une infusion d’ail et de cannelle avec une cuillère de miel, parfaite contre les maux de gorge.

Sourire en découvrant les différents groupes de mariachis – musiciens traditionnels en costume – qui attendent une offre pour animer une soirée ; imaginez un D.J. au pied de votre immeuble avec ses platines et ses disques en train de patienter pour épingler un client afin de créer une folle ambiance chez lui… J’adore cette tradition !

…Promenade à Tepoztlan, adorable village au coeur de montagnes pittoresques. Je salue des enfants et j’écarquille mes sourcils devant des crânes de moutons possédant leurs yeux, folklore alimentaire, odeur de coriandre, petites poupées en tissu qui me font songer à celles de ma mère accrochées aux murs de son appartement.

Fin d’une conversation décousue, nous n’avons rien décidé, je les fais tous sourire avec mon agenda et mon guide que j’ouvre à peine.

À douze kilomètres d’ici, ils brûlent des champs de cannes à sucre, du ciel tombent des flocons noirs, ma tête penchée en arrière, j’admire ces mèches sombres qui noircissent les trottoirs.

Sur le toit, je tente à l’aide de mon dictaphone de reprendre mes exercices de chant, difficile de retrouver la posture et de respirer correctement sans écraser la poitrine ; tous les chiens du quartier aboient en choeur, je ris et il fait déjà nuit.

Le boucan d’une tronçonneuse autour de la maison, les ouvriers travaillent, déplacent, agencent, je songe à mon père qui coupait du bois pour l’hiver et à Saint-Maximin la Sainte-Baume dans le Var. Mes narines frémissent au souvenir des odeurs de sciure, de mousse sur les pierres, de la terre provençale et du lilas au printemps.

Voyager pour se souvenir d’ailleurs et jouir de ma mémoire.

Un après-midi de pétards pour célébrer la veille de la fête de la sainte Vierge de Guadalupe, je sursaute et les garçons font la sieste.

Persévérer à lire le roman “La peau d’un lion” de Michael Ondaatje, parce que c’est un des cadeaux précieux offerts par une amie et pour la couverture : un homme solitaire appuyé à sa barque sur le sable et le prénom du personnage principal Patrick… Admirer la maîtrise de l’écriture, les découpages inattendus, l’ordre discret des temps, la manière dont on bascule de l’imparfait au présent : magie de la littérature !

… Nous vieillirons ensemble. Même si nous ne pouvons pas être amants, je viendrai l’après-midi, comme si je faisais ma cour, nous échangerons nos pensées pendant le déjeuner, en riant, et ce bavardage sera amour.

À ce passage, je lève les yeux, deux visages apparaissent, mais la nostalgie a disparu.

… Le souvenir d’elle debout dans le hall, des années plus tôt, reniflant ses aisselles parce qu’elle se croyait seule.

Éprouver tant de tendresse pour les odeurs familières, pour le nez de ma mère dans mon linge, pour le mien dans celui des vêtements des hommes avec lesquels j’ai vécu.

Le 12 décembre 2008, nous célébrons la Sainte-Vierge Guadalupe protectrice de l’Amérique latine, symbole de la revanche de l’indigène sur l’espagnol. Réveillée à six heures du matin pour me promener dans Oaxtepec et écouter les différents groupes de mariachis devant chaque vierge illuminée, décorée et amoureusement entourée.

On nous propose des tamales – des papillotes à base de semoule de maïs, cuites à la vapeur dans des feuilles d’épi de maïs ou de bananiers – accompagnés d’atoles au chocolat – bouillie liquide à base de maïs – lourd, mais délicieux…

Quelle générosité ! Alors qu’ici plus de 17% de la population vit dans la pauvreté et que les enfants sont si nombreux à travailler.

Au centre d’un village, nous installons avec Martha un cabinet de soins dans la salle des fêtes abandonnée, avec peu de moyens pour offrir : des massages, une écoute psychologique, de l’iridologie, etc.

Des hommes et des femmes arrivent les pieds nus.

Nous sommes huit pour les accueillir et je donne les traitements naturels selon les prescriptions des uns et des autres, je leur explique : vingt gouttes dans un verre d’eau toutes les quatre heures…je répète et je rassure.

Je songe à mon oncle médecin, et à un psychanalyste admiré, je m’interroge sur leurs opinions à l’égard de ces méthodes de travail, à cette promiscuité et à cette absence de confidentialité.

Michel Foucault dans son essai “Naissance de la clinique” met parfaitement en lumière l’importance de l’écoute, de l’observation et de la présence au chevet du malade… Son écriture érudite et lyrique revient à mon esprit.

Nous chantons “la vie en rose” avec Elsa. Elle suit aussi des cours de chant. C’est si doux de la sentir ici.

Je suis encore la dernière à jouer à la pêcheuse de lune.

Dormir trois ou quatre heures, tellement je suis ravie d’être éveillée, peindre des aquarelles exvoto d’amour, coudre un coeur sur du papier au fil vermillon et caresser les surfaces…

J’avance en songeant aux jeunes aventuriers que j’admire, Priscilla Telmon, Christophe Cousin et Sylvain Tesson. Aucune pause, pour éviter de ralentir notre marche. Devenir rouge de bonheur et de dépassement de soi.

Un après-midi à Santo Domingo Ocotitlan. Elsa ramasse des copeaux de bois, observe des outils et note les mots qu’elle apprend, dans son carnet garance. Le sculpteur, Don Beto m’enseigne des paroles tendres en Nahualt et des “trabalenguas” pour exercer mes zygomatiques, en soulignant l’importance de la prononciation.

À l’aube, nous découvrons une lagune, éden d’une multitude d’oiseaux paisibles que nous admirons en sirotant un café à la cannelle.

Des fillettes dessinent sur le corps d’Elsa au stylo bic rouge : des fleurs et le prénom d’un garçon ; mais pas sur le mien, car comme Maydali dit “ya tienes muchos Tatouages”… Elles nous retiennent, cachent nos affaires, se déguisent avec nos vêtements et insistent pour que nous restions encore une nuit.

Mon enfance émerge avec une béatitude infinie et le sel qui pique sur ma peau. Elsa apprend à Gabo des astuces d’acrobate et “el Abuelo” sur le bateau observe les sirènes.

Chacune médite dans sa bulle de grâce. Le visage exposé à toutes les divinités, je tombe amoureuse de plusieurs pierres et je les porte dans mes mains offertes.

Un ibis blanc avance doucement et je l’imite pour m’approcher d’un pêcheur, José-Manuel avec son harpon en bois, fabrication maison, pour capturer des langoustines. Des femmes nous proposent de recouvrir nos peaux d’argile, nous déclinons l’invitation…une prochaine fois. Encore un prétexte pour revenir : manquer des rendez-vous.

2009 débute avec mon coup de coeur pour la ville d’Oaxaca. Désir d’y vivre un mois ou plus pour calligraphier des lettres exubérantes et participer à différents ateliers.

Expositions de photographies, de graffitis, d’illustrations et de tissus… Jolis cafés, patios magnifiques et fiesta enjouée…

Je veux tout apprendre de l’histoire mexicaine et de son art précolombien. Je quitte la ville en lui promettant d’y retourner.

Elsa se laisse apprivoiser. Elle me parle de mes mains.

Au Mexique, nos mains ont une nouvelle scène pour saisir et réunir.

Celles d’Elsa ont le pouvoir magique de transformer les matières.

Kike nous nourrit comme un chef et l’odeur de son couscous au curry m’enivre. Émilie nous fabrique de magnifiques colliers avec de l’ivoire végétal et des turquoises. Une nuit, nous repartons avec son empreinte contre nos poitrines… Guadalajara c’est ce couple heureux, à chaque instant.

Je finis les vacances avec ces initiales à l’esprit : J.M.M.

 

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