Mundele ! Mundele ! Mundele ! – le blanc !
En Afrique, ils encourageaient ainsi mon père aux courses de cyclisme, les petits hommes arrivaient de tous les coins de la brousse pour découvrir et féliciter l’étranger, celui qui n’a pas peur.
Aujourd’hui encore, c’est lui qui gagne, à soixante ans, comète des pins et amoureux de chaque nuance de vert printanier. Il m’entraîne vers l’abbaye de Frigolet, pendant que je lutte avec les vitesses de ma bicyclette. Des kilomètres de bonheur, indénombrables. Pour m’attendre, il s’arrête couper des asperges sauvages et observer les abeilles. D’un seul coup d’œil, il devine ce que la majorité d’entre nous n’est plus capable de reconnaître et d’apprécier.
Savoir admirer toutes les qualités de cet homme, c’est enfin me sentir prête à en aimer un autre en particulier et à goûter la sève d’une partie de mes racines.
Fanfare des crapauds amoureux au bord d’un étang, les oliviers à l’horizon, l’écorce rustique des platanes sur les chemins familiers et la promesse de revenir plus longtemps découvrir tous les paysages paternels, pour apprendre grâce à lui le nom de chaque d’arbre, en imitant les crieurs publics du marché de Tarascon.
« Allez ! Six euros les artichauts ! Ils ont du cœur comme moi ! »
Les tellines de Beauduc, délicieuses avec une persillade, affirme-t-il. La tête écrasée et terrifiante de la lotte. Les queues de langoustines qui ressemblent à de minuscules éventails. La faconde – la tchatche – du monsieur au béret marine qui nous raconte avec rigueur et enthousiasme la douceur et le parfum des tomates traditionnelles – les cœurs de bœuf – aux replis sophistiqués. Une tranche coupée pour la démonstration et nous repartons avec nos yeux gourmands.
Derrière la place principale du village, le Rhône sage et majestueux ; les inondations n’ont pas détruit la vie multicolore des coquelicots, la farigoulette – une herbe de Provence – et les arbres de Judée sur lesquels les oiseaux huppés chantent un air léger de pierre de lune.
Nous suivons la ligne des flots en conversant sur la complexité et les enjeux de l’archivage de tant de souvenirs…