En août 2009, à San Cristobal de las Casas au Chiapas, j’ai rencontré G., un ami aventurier et journaliste argentin. Ce fut le début de notre relation épistolaire, débordante, implacable, savoureuse, fantasmagorique au-delà de nos espérances.
Nous parlons l’un de l’autre à nos compagnons de route, il me raconte qui est Emma dans sa vie, il me dit qu’elle me lit, qu’elle sait qui je suis…
Puis j’ai songé au plaisir d’écrire à cette luciole inconnue, à ce visage découvert par intermittence, en photographie, à cette jeune femme passionnée et idéalisée, par un homme qui loin d’être fidèle promet à ces yeux-là une éternité et des révolutions.
C’était assez pour être un peu jalouse, ou déjà amoureuse, et prendre le risque de m’approcher d’elle.
Au printemps, cela fera un an que nous nous écrivons aussi. J’aime ses mots voluptueux, son sourire immense, la manière dont nous avons réussi à croiser nos lettres, à veiller sur lui, chaque une à notre façon.
Et j’ai souvent rêvé de notre rencontre sans supposer une seule fois qu’elle me donnerait un rendez-vous-surprise, un des plus beaux de ma vie.
Il y a tant d’espoir frustré et de manque parfois dans une existence nomade, d’amitiés et d’amours en suspens, que j’ai appris à ne rien promettre et attendre. Alors, quand elle m’a demandé de me rendre dans un hôtel du centre-ville de Montréal pour retrouver une journaliste en déplacement, et qui devait me confier un cadeau, je n’ai pas imaginé un seul instant la voir.
Quelques indices étaient étranges, mais je suis restée candide jusqu’à cet instant où mes yeux étaient dans les siens et ma joue contre la sienne.
J’ai senti son coeur battre !
Et je l’ai invité chez moi, loin des centres, des normes.